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Comment la nouvelle décision de la FDA va faire grossir l'Amérique

Tout américain ne vivant pas dans une caverne à l'écart de la civilisation, a entendu parler de la nouvelle règle de la FDA (la fameuse Food and Drug Administration), qui souhaite imposer à toutes les chaines de restauration de plus de 20 restaurants (votre fastfood préféré sera concerné) ainsi que les boulangeries, les supermarchés et les cafés, d'afficher les calories de leurs plats.
Pour les new-yorkais, cela ne change rien, puisque l'État de New York a voté une telle loi en 2008. Depuis trois ans donc, les new-yorkais voient combien de calories contient leur café Starbucks préféré, leur muffin du petit-déjeuner acheté chez l'enseigne du même nom, ou leur sandwich du midi acheté chez Prêt à Manger, la chaine de sandwich sains dont les magasins poussent comme des champignons.

Quelle mouche a donc piqué la FDA, la poussant ainsi à prendre une telle décision impactant 280 000 des 600 000 lieux de restauration rapide à travers les USA ?

La réponse ? L'obésité qui continue de progresser plus le fait que les américains consomment plus de 33% de leurs repas à l'extérieur de leur domicile. Bien que cette décision de la FDA semble avoir du sens à première vue, si l'on examine l'impact de décisions similaires (comme à New York par exemple), il apparait très rapidement que cette nouvelle règle ne produira aucun résultat tangible.

Une question simple : est-ce que l'obésité a été réduite depuis que les étiquettes nutritionnelles ont été imposées sur la majorité des aliments que nous achetons ? Pas du tout. Ceci a même fait l'objet d'une étude très sérieuse publiée par le International Journal of Obesity : "Child and adolescent fast-food choice and the influence of calorie labeling: a natural experiment" en Février 2011 et qui en a tiré la conclusion suivante : "Nous n'avons trouvé aucune différence statistique significative entre les calories achetées avant et après la mise en place de nouvelles étiquettes".

Nous pouvons donc conclure que les étiquettes indiquant les calories n'impactent pas le comportement des adolescents et des enfants, objets de l'étude menée par le International Journal of Obesity.

Et les adultes ? On pourrait penser qu'avec cette nouvelle règle d'affichage de la FDA, les adultes pourraient être influencés, car mieux informés sur la nutrition en général, et donc susceptibles de modifier leur comportement. Mais le feront-ils vraiment ? Le problème ne provient pas tant de la nourriture consommée dans les restaurants, non même d'une certaine façon de la nourriture consommée dans les fastfoods, mais plutôt du fait que de nos jours aux USA, il est possible d'acheter à manger dans des endroits ou traditionnellement on ne mange pas : stations service, cinéma, avion pour les très courts trajets de 50 minutes, bowlings et d'autres endroits où se nourrir n'est pas la raison de notre présence.

Et là, la proposition de la FDA devient plus intéressante. Lorsque l'on apprend qu'après un lobbying très puissant et incessant depuis plus d'un an, l'industrie du cinéma a réussi à se faire exempter de cette règle embarrassante, puisqu'un large popcorn avec du beurre fondu peut contenir jusqu'à 600 calories ! Les lobbies des autres industries n'ayant pas été en reste, le voyageur américain ne saura pas combien de calories il avale dans le plateau repas pris à bord de son Paris - San Francisco, dans ses 3 parts de pizzas avalées à la va-vite en jouant au bowling, ou la barre énergétique qu'il a vaguement mâchée pendant qu'il faisait le plein de son véhicule. C'est précisément là où les calories non nécessaires sont souvent consommées : tout au long de la journée, sans vraiment même y penser.

Puisque, basé sur l'étude du International Journal of Obesity, il semble que l'étiquetage précis des aliments ne modifie pas de façon notable le comportement des consommateurs, est-ce que le gouvernement ne devrait pas plus s'impliquer et empêcher certains endroits de vendre de la nourriture ? Après tout, avons-nous vraiment besoin de manger lorsque l'on fait le plein de sa voiture ? Quand j'étais enfant, je ne mangeais jamais au cinéma. A-t-on besoin de manger autant de hotdogs à un match de baseball ? Qu'est-il arrivé à notre société pour que nous en arrivions au point où nous ne pouvons pas nous poser un instant sans mastiquer "quelque chose" ?

Je peux déjà entendre les voix de ceux qui vont s'offusquer et affirmer que tout ceci est du ressort du libre choix et que le gouvernement ne devrait pas réguler ces aspects de la vie du consommateur. Mais il semble que tout cela dépasse l'imagination et l'accès à la nourriture dans des endroits où manger ne nous vient pas à l'esprit (j'ai même trouvé une machine qui distribuait des snacks dans une maison funéraire !), a entrainé de nouveaux comportements dans notre société, au point que nous trouvions totalement acceptable d'avaler de la nourriture à la station service tout en inhalant les gaz d'hydrocarbures aromatiques polycycliques.

Il est temps de revenir à nos racines : manger ensemble aux heures des repas de la nourriture qui ressemble à de la nourriture. Cela peut paraitre quasi impossible à la vaste majorité des américains. L'est-ce vraiment ? Cela leur semble tout simplement infaisable parce que l'industrie alimentaire dépense des milliards en marketing pour marteler les esprits du consommateur américain de nouvelles conventions nutritionnelles, les portant à croire que le snack du matin est indispensable, que le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée, que l'on ne peut pas aller courir 2 km sans faire le plein d'électrolytes, que seule une mauvaise mère emmène ses enfants au parc sans crackers et boissons sucrées pleine de vitamines. En effet, l'homo américanus a subi un lavage du cerveau l'entrainant à penser que pour être en bonne santé, il se doit de manger toute la journée les fameux 5 repas qui deviennent à la mode.

C'est cela la racine du problème. Que l'on voit les étiquettes avec les calories (dont les écarts indiqués sont parfois délirants, exemple : entre 310 et 980 calories), n'impactera pas vraiment le comportement du consommateur américain. Ne pas voir de la nourriture partout, en revanche, entrainera une modification fondamentale de la façon dont l'américain de base se nourrit.

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